
Résumons-nous. Tout au long de la campagne, nous avons assisté à la berceuse incantatoire de Mme Royal, capable de prêter à son concurrent des souhaits de guerilla urbaine. Et notre Madone en tailleur Hermès, d'enchaîner allégrement les bourdes sur des thèmes aussi sensibles que la justice chinoise, le Québec libre ou encore le fameux SMIC à 1500€ (tantôt nets, tantôt bruts, selon son horoscope du jour).
Puis, il y a eu son discours, au soir du premier tour. Nous ne reviendrons pas sur ce long tunnel de solitude, où la candidate socialiste a cru nécessaire de marquer un temps d'arrêt après chaque point, telle une maîtresse d'école en pleine dictée.

Tout, en apparence, promettait un débat de l'entre-deux-tours, à sens unique.
Et l'on n'a pas été déçu, car débat a sens unique il y a bel et bien eu, mais non dans le sens escompté. Nicolas Sarkozy, dont on ne saurait discerner la part de self-control et celle de destabilisation, a beaucoup subi, pliant l'échine à plusieurs reprises devant le manque d'élégance et de tenue de son adversaire. Ceci étant, que retenir de cet échange qui fera date dans les annales des débats de la Vème comme l'un des plus houleux? Sans doute l'opportunisme oratoire de Mme Royal. Au détour d'une remarque touchant à la place des handicapés à l'école, que n'a-t-on pas vu M. Sarkozy subir les foudres de Soeur Marie-Ségolène. "Le summum de l'immoralité politique". Allons, allons... Certes, on ne s'étonnera pas de cette caricature médiocre. Il est plus facile pour une brebis de crier au loup que pour le berger de tenir son troupeau...
Quoi qu'il en soit, l'Allemagne n'a pas manqué de commenter le débat français. Outre notre Néerlandais estimant que la France a cinquante ans de retard sur son pays et une Tchèque qui trouve que "Zégolèné é cholli", les réactions sont assez nuancées.

Si le Spiegel ne voit ni vainqueur, ni vaincu, le Frankfurter Allgemeine s'attarde davantage sur le profil des deux concurrents. Le quotidien reconnait à Sarkozy un grand talent en matière de débat d'idées et souligne la tendance "maîtresse d'école" de Royal. Mais dans le cas présent, s'étonne Jürg Altwegg dans son papier ("Die Chuzpe einer Frau"), le candidat UMP s'est conduit en "petit élève puni". Reste que, très certainement, Royal aurait mieux fait de préférer la rose aux poings...
Die Zeit se concentre davantage sur les chiffres. Retenant dès le titre que Sarkozy a été "für Franzosen überzeugender" (plus convaincant aux yeux des Français), le journaliste évoque l'électorat centriste, apparemment plus enclin à voter UMP, suite au débat d'hier soir (51%). De façon plus anecdotique, il est noté que, parmi les électeurs frontistes, 75% ont préféré la prestation de Sarkozy. "L'incident" sur la question du handicap à l'école est, quant à lui, cité brièvement.
Die Welt donne la parole à André Glucksmann. Soutien déclaré de Nicolas Sarkozy, le philosophe français ironise sur le grand écart de Mme Royal entre Bayrou et Besancenot, soulignant que le slogan "tout sauf Sarkozy" ne fournit pas à lui tout seul les clés de l'Elysée. Est aussi décriée la tendance de la socialiste à en appeler au moratoire à tout va, au lieu d'avancer ses idées propres sur le terrain des réformes.
Dans son article "Die Lust der Franzosen" (l'envie des Français), Andrea Seibel stigmatise le choix de dimanche prochain, au vu du débat dont les Allemands ont pu suivre les grandes lignes. La journaliste oppose ainsi le choix d'une "dame de coeurs en quête d'harmonie" à celui "des convictions et des prises de risques", incarné par Nicolas Sarkozy.
L'Allemagne, comme les regards étrangers de manière générale, semble prendre de la hauteur

face à l'enjeu français. Naturellement, le choix d'une femme décontencerait bien peu les Allemands; Angela Merkel, que Royal a cru bon de citer en exemple -faisant passer de façon inouie le critère sexuel avant le bord politique- étant ici considérée, non comme une femme mais comme un dirigeant.
A l'occasion de l'échéance prochaine, la presse allemande s'amuse à rappeler l'arrogance et les airs supérieurs des Français. Jacques Attali, renforçant ladite impression, explique ces critiques par une jalousie du reste du Monde... Soit, mais en se justifiant maladroitement d'être femme éligible, Royal attire les moqueries sur une France affublée d'une "gauche érotique", réduite à jouer sur le genre pour faire nombre... Alors, la France: jalousée peut-être, mais vue d'ici, pas toujours en avance.